Le nombre de journalistes détenus dans les prisons égyptiennes est en forte progression, bien plus élevé que sous la présidence de Hosni Moubarak. «Travailler dans les médias est devenu un métier dangereux en Egypte", conclut l’Observatoire Euro-Med pour les droits de l'Homme. "Les professionnels des médias qui font leur travail risquent fortement d’être emprisonnés ou torturés."

Dans un communiqué de presse publié le 6 août, Euro-Med a indiqué qu’il y a 65 journalistes dans les prisons égyptiennes. 53 sont détenus pour des accusations en lien avec leur travail; 20 ont été arrêtés depuis 2013, et 29 autres depuis 2014. Douze d’entre eux ont été condamnés à la prison à vie suite à des procédures qui n’ont pas respecté les principes minimaux de justice.

"Les autorités égyptiennes prétendent que la censure des médias est justifiée pour protéger la sécurité nationale», dit Ihsan Adel, conseiller juridique d’Euro-Med. "Aucune preuve externe n’est enregistrée pour appuyer les accusations criminelles portées contre les journalistes ; ils sont détenus uniquement sur la base de témoignages des forces de sécurité elles-mêmes."

La «détention provisoire » utilisée pour emprisonner les journalistes dépasse souvent la limite de 18 mois prévue par la loi égyptienne, note Ihsan Adel. Par exemple, le tribunal pénal égyptien a récemment renouvelé la détention de Mahmoud Abou Zaid, en dépit du fait qu'il avait déjà été "temporairement détenu" pendant environ deux ans. Les charges retenues contre Mahmoud comprennent sa couverture des incidents de Rabi'a Al Adawiya en août 2013.

Mohammed Saber Ahmed Al-Battawi, qui travaille comme journaliste pour Nouvelles d’Aujourd'hui, est aussi détenu de manière prolongée. Al-Battawi est détenu depuis plus de 50 jours sans aucune charge ni aucune preuve. Il a été arrêté dans sa maison dans la ville de Toukh, dans le Gouvernorat d’ Al-Qaliuobeia, le 17 juin. La maison de Al-Battawi a été fouillé et vandalisé, et son téléphone et d'autres effets personnels ont été confisqués.

Selon sa famille, Al-Battawi a été soumis, sans la présence de ses avocats, à une troisième audience suite à laquelle il a été placé en détention jusqu'à 17 août. La famille a reçu un choc en apprenant que de nouvelles accusations avaient été portées contre leur fils, y compris une prétendue planification d'actes criminels, la possession d’armes à feux et la dégradation des lieux publics. Al-Battawi nie ces accusations.

"La censure des médias en Egypte se traduit par une couverture limitée de certains lieux spécifiques, tels que la péninsule du Sinaï», dit Ihsan Adel. "Les forces égyptiennes affrontent des groupes armés dans la péninsule, provoquant la perte de nombreuses vies humaines, ce qui exige une couverture médiatique pour rapporter ce qui se passe. Or, les journalistes sont interdits d’accès. En effet, ils sont immédiatement expulsés dès qu’ils atteignent l'un des points de contrôle."

Le Parlement égyptien a récemment modifié la loi pour permettre à l'État d'emprisonner, pour une durée pouvant aller jusqu'à deux ans, tout journaliste qui diffuse des renseignements ou chiffres différents de la version officielle.


Ihsan Adel a souligné l'inquiétude de l’Observatoire Euro-Med sur les allégations de mauvais traitements ou de torture subis par les journalistes détenus et empêchés de voir leurs familles ou leurs avocats. "Les violences de l'Egypte contre les journalistes, la fermeture de nombreuses institutions médiatiques et la confiscation de leur équipement constituent une violation des engagements pris par l'Égypte en vertu du Pacte international relatif aux droits civils et politiques», a conclu Ihsan Adel. "En outre, ces politiques violent les droits universellement reconnus des individus, des groupes et organisations de la société civile. La détention des journalistes et la censure des médias doit cesser maintenant », a conclu Ihsan Adel. "Les journalistes détenus sur la base d’accusations qui ne sont pas clairs ou illégitimes doivent être libérés immédiatement."