Après avoir rappelé que la détention arbitraire des militants est une flagrante violation des droits de l’homme, l’Observatoire Euro-Mid, une organisation des droits de l’homme basée à Genève, a appelé les autorités égyptiennes à libérer immédiatement Abdullah Al-Fakharany, un étudiant en médecine et un défenseur des droits de l’homme.

Al-Fakharany a été arrêté par les forces de sécurité égyptiennes en août 2013 alors qu’il soignait son ami Mohammed Salah Sultan qui avait été blessé lors de la dispersion des rassemblements de la place Rabaa Al Adawiya. Al Fakharany, avec d’autres amis, étaient chez Mohammed Salah Sultan lorsque les forces de sécurité ont fait irruption dans la maison et les ont tous arrêtés sans mandat d’arrêt. Il a été mis en détention pendant 48 heures sans avoir pu contacter sa famille ou un avocat. Ensuite, des accusations sans fondement ont été établies contre lui. Pendant 150 jours, Al Fakharany a été interrogé, surtout sur son activité dans le journalisme et son militantisme, et a été soumis à des traitements inhumains et des abus.

Al Fakharany fait face à des conditions de détention difficile en prison et est interdit de communiquer avec sa famille et de se faire aider » a affirmé Ihsan Adel, conseiller juridique d’Euro-Mid.

Al Fakharany est notamment accusé d’avoir troublé l’ordre public par la diffusion de mensonges et de rumeurs contre l’Etat d’Egypte. Alors que ces accusations n’ont pu être prouvées, d’autres accusés, notamment des dirigeants du parti des Frère musulmans, ont été ajoutés au cas ainsi que d’autres charges : appartenance à la Confrérie des Frères musulmans, vandalisme et participation à un complot contre le gouvernement et le président, accusations que la victime a rejetée même sous la torture. (La Cour suprême avait auparavant établi que l’accusation d’association de malfaiteurs était « inconstitutionnelle » si le crime n’avait pas été commis, sauf en cas de sécurité de l’Etat. Toutefois, le tribunal a ignoré cette décision lorsqu’il a jugé le cas d’Al Fakharany.)

Selon le code de procédure pénale égyptien, tel que amendé, la détention préventive ne doit par dépasser 18 mois (sauf lorsqu’il s’agit de cas où la peine de mort est requise, ce qui n’est pas le cas d’Al Fakharany, même si les charges avaient été prouvées). Le 25 février, il bouclait son 18è mois de détention.

L’avocat d’Al Fakharany a fait appel, en indiquant que la date de la fin de la détention préventive était déjà dépassée mais le recours a été rejeté. En réalité, les procédures ont été accélérées et son cas a été clos en préparation du prononcé de peine prévu pour le 11 avril. De même, la cour a ignoré les plaintes de torture et de mauvais traitements faites par l’avocat d’Al Fakharany.

Le Protocole international pour les droits civiques et politiques (PIDCP) interdit formellement la détention arbitraire, affirmant que « nul ne peut faire l'objet d'une arrestation ou d'une détention arbitraire. Nul ne peut être privé de sa liberté, si ce n'est pour des motifs et conformément à la procédure prévus par la loi ». Il ajoute que les personnes détenues ont le droit de contester la légalité de leur détention devant un tribunal qui doit ordonner leur libération si la détention est jugée illégale.

Par ailleurs, la cour avait nommé un comité technique affilié à la télévision égyptienne pour examiner les vidéos et photos que le procureur déclare qu’elles ont été trafiquées par Al Fakharany et ses collègues. Après l’examen de ces éléments, le comité a démontré, dans son rapport, que les photos et vidéos étaient authentiques. La seule preuve utilisée par le tribunal pour justifier les accusations retenues contre les accusés sont les comptes-rendus des interrogatoires écrits par les officiers de police eux-mêmes.

De plus, il y a de forts doutes quant à la neutralité et à l’objectivité du juge, Nagy Shehata, depuis qu’il a déclaré, lors des audiences, qu’il pensait que les accusés étaient coupables avant même que les débats contradictoires ne se terminent. Par exemple, il a déclaré, sur des chaines publiques à de nombreuses occasions, qu’il était contre les Frères musulmans et qu’il en avait condamné des centaines depuis quelques mois. Les avocats ont demandé sa révocation pour absence de neutralité, mais la cour a refusé.

Durant la dernière audience tenue le 16 mars, le juge a décidé de déferrer au Mufti les cas de 14 accusés qui ont été condamnés à mort, alors qu’aucune audience n’avait été tenue pour un des accusés. Les accusés avaient été condamnés à mort après des délibérations qui avaient duré 10 minutes.

Au regard des graves et inédites peines qui sont largement prononcées en Egypte – particulièrement les condamnation à mort et les emprisonnements de longue durée prononcés en masse contre les journalistes et les défenseurs des droits de l’Homme (sévèrement dénoncés par l’Assemblée générale des NU, l’Union européenne et la majorités des Etats) - l’Observatoire Euro-Mid pour les droits de l’Homme exprime ses grandes inquiétudes au sujet d’al Fakharany, craignant qu’il subisse le même sort. Aussi, Euro-Mid vous exhorte à :

-          Appeler les autorités égyptiennes à libérer immédiatement al Fakharany et à lui donner une compensation suffisante

-          Appeler les autorités égyptiennes à immédiatement libérer tous les détenus politiques et à mettre fin au jugement des civils par les tribunaux militaires

-          Demander aux autorités égyptiennes à ne plus faire usage de la force létale et de la torture lors des interrogatoires.