L'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme considère avec une grande inquiétude la décision du Président tunisien Kais Saied de dissoudre le Parlement, et estime qu'il s'agit d'une escalade dangereuse susceptible de complexifier davantage la crise en cours depuis l'annonce des mesures présidentielles exceptionnelles le 25 juillet.

Le président Saied ne peut s'appuyer dans sa décision sur l'article 72 de la Constitution, puisque ce chapitre stipule que "le président de la République est le chef de l'Etat, le symbole de son unité, il garantit son indépendance et sa continuité et veille au respect de la Constitution."

   En dissolvant le Parlement le Président Saied a porté un coup dur au projet démocratique en Tunisie   

Le maintien de l'existence du Parlement ne constitue manifestement pas une menace pour l'indépendance ou la continuité du pays, et une décision aussi importante ne peut donc pas être légiférée au titre de ces pouvoirs publics.

La décision du président Saied est apparemment intervenue en guise de représailles, quelques heures après que le Parlement a tenu une session pour mettre fin aux mesures exceptionnelles. Cependant, il n'est pas possible de contourner la constitution et d'agir par vengeance, surtout lorsqu'il s'agit de décisions qui affectent le présent et l'avenir des Tunisiens.

Or, le président tunisien continue à prendre des mesures qui contredisent ses devoirs constitutionnels, et agit dès l'annonce des mesures exceptionnelles de manière unilatérale sans respecter la constitution, qu'il s'était pourtant engagé à respecter dès son entrée en fonction.

La Tunisie est malheureusement plus proche que jamais de se soumettre à un régime totalitaire et à l'autorité d'un seul individu. La dissolution du Parlement, qui a donné lieu à des élections démocratiques, ne signifie rien d'autre que l'abolition et la confiscation de l'opinion des Tunisiens, et l'imposition d'une tutelle coercitive sur leurs choix.

En dissolvant le Parlement aujourd'hui, le Président Saied a porté un coup dur au projet démocratique que les Tunisiens ont commencé il y a plus de 10 ans, car ils ont travaillé pendant longtemps pour obtenir des institutions élues qui répondent à leurs aspirations pour un avenir meilleur, mais la décision d'aujourd'hui a fait reculer ces efforts et a compliqué davantage la scène politique dans le pays.

Le Président Kais Saied doit immédiatement reconsidérer sa décision illégale de dissoudre le parlement, respecter la constitution et la loi, et prendre des mesures pour réduire la tension et rendre le dialogue possible.