Genève - Une escalade significative des noyades de migrants en Méditerranée a été observée en 2021, indique l'Observatoire Euro-Méditerranéen des Droits de l'Homme dans un nouveau rapport publié lundi. Le rapport appelle l'Union européenne (UE) à réactiver les missions officielles de recherche et de sauvetage (SAR) afin de réduire les lourdes pertes en vies humaines.

Le rapport sur les mouvements migratoires à travers la Méditerranée en 2021 indique que 1 838 migrants sont morts ou ont disparu en mer en 2021, soit un taux de 5 décès par jour.

   Ce durcissement des politiques européennes laisse présager une augmentation spectaculaire du nombre de migrants laissés à l'abandon loin des projecteurs.   

Michela Pugliese, Chercheur en migration et asile

Ce chiffre représente une augmentation d'environ 20% par rapport à 2020, où le nombre était de 1 448.

Les données du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) indiquent que 116 573 migrants ont atteint l'Europe par la Méditerranée en 2021, ce qui représente une augmentation de 20 % par rapport à 2020, où le nombre était de 88 143.

Le mois de septembre a enregistré le taux le plus élevé d'arrivées sur les côtes européennes, soit plus de 16 000 personnes, selon le rapport. Deux mois auparavant, juillet avait été le mois le plus tragique, avec 311 migrants morts ou disparus, soit plus de 10 victimes par jour.

Le rapport souligne le rôle négatif de plusieurs États membres et agences de l'UE, notamment Frontex, qui repoussent les migrants, et la suspension par l'UE des missions officielles de recherche et de sauvetage qui permettaient de sauver des milliers de vies chaque année.

Certains pays de l'UE, notamment l'Italie, se sont opposés aux ONG de sauvetage des migrants qui opèrent des navires et des avions privés à travers la Méditerranée en leur imposant d'importantes restrictions, notamment en les empêchant d'accoster et de débarquer et en les poursuivant pour des accusations de contrebande et de trafic d'êtres humains.

Ce durcissement des politiques européennes laisse présager une augmentation spectaculaire du nombre de migrants laissés à l'abandon loin des projecteurs, tandis que les autorités européennes s'emploient à accabler les militants et les ONG de sauvetage de migrants de pénalités et d'amendes exorbitantes pour les dissuader de fournir l'aide nécessaire.

Le rapport souligne que, parfois, les pays européens renvoient de force les migrants vers des pays peu sûrs comme la Libye, sans respecter le droit de non-refoulement garanti par la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés, les lois de l'UE ou les instruments relatifs aux droits de l'homme, et sans tenir compte des conditions dangereuses auxquelles les migrants peuvent être exposés pendant le processus de retour, ou dans les prisons et les centres de détention de leur pays d'origine, où les conditions sont souvent dégradantes et inhumaines.

Le rapport indique que les résultats de la coopération entre l'UE et la Libye pour repousser les migrants sont apparus clairement au cours de l'année 2021, puisque les statistiques de l'UNICEF indiquent qu'environ 31 500 migrants ont été renvoyés en Libye au 23 décembre 2021, soit plus du triple du nombre de 2020. La plupart d'entre eux ont été transférés dans des centres de détention et des prisons qui n'offrent pas les normes humanitaires minimales pour une vie décente.

Le rapport a appelé l'UE à réactiver les missions SAR européennes officielles et à effectuer des patrouilles permanentes pour assurer une réponse rapide aux bateaux de migrants qui coulent en Méditerranée.

Le rapport a également exhorté l'UE à suspendre sa coopération avec les garde-côtes libyens jusqu'à ce que ces derniers s'engagent à respecter les droits des migrants et à mettre fin à toutes les pratiques violentes pendant et après les refoulements.

Le rapport appelle les pays européens à adopter une nouvelle politique qui ne considère pas les migrants comme une menace pour la sécurité, mais comme de nouvelles énergies pouvant contribuer au développement et à la construction des sociétés.

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