Genève - Les autorités libanaises doivent immédiatement annoncer une politique de «tolérance zéro» à l'égard du harcèlement des femmes réfugiées syriennes et tenir les auteurs  pour responsables, annonce l’Observatoire euro-méditerranéen des droits de l'Homme. Le traitement discriminatoire du Liban vis-à-vis des réfugiés syriens, en particulier envers les femmes, a contribué à une vague grandissante de haine publique, en créant un environnement dans lequel la maltraitance, notamment le harcèlement sexuel, est tolérée ou ignorée.

   Nous évitons de rapporter les cas de harcèlement sexuel aux parties officielles parce que nous avons besoin d'un permis de résidence, que la plupart d'entre nous ne peut s’offrir   

Une femme réfugiée syrienne

 

Des représentants d’Euro-Med ont interrogé un certain nombre de femmes réfugiées syriennes au Liban qui se sont plaintes d'avoir été victimes de harcèlement sexuel dans des lieux publics. Ces femmes ont déclaré avoir été agressées même au sein d’instances gouvernementales, parfois avec des menaces directes.

 “Nous évitons de rapporter les cas de harcèlement sexuel aux parties officielles parce que nous avons besoin d'un permis de résidence, que la plupart d'entre nous ne peut s’offrir” a rapporté une femme réfugiée syrienne à l'équipe de l’Observatoire Euro-Med au Liban. “Nous avons peur d'être signalées. ”

Des groupes de surveillance basés au Liban ont également signalé que  des femmes réfugiées syriennes sont exploitées sexuellement, même par des fonctionnaires et des hommes politiques dans le pays.

Plus tôt ce mois-ci, les forces de sécurité du Liban ont démantelé un réseau de trafic sexuel et libéré 74 Syriens, y compris des mineurs qui avaient été torturés et forcés à avoir des relations sexuelles.

Nous devrions tous être choqués par la découverte au Liban du plus grand réseau de trafic sexuel documenté depuis 2011. Ce n'est pas une coïncidence que ce réseau ait pris de l'importance avec l'afflux de réfugiés syriens au Liban”, dit Mira Bishara, une chercheuse à l’Observatoire Euro-Med.

   Il est honteux que ces femmes, qui ont fui la guerre, se sentent toujours en insécurité dans les pays d'accueil qui sont censés être un refuge sûr pour elles   

Mira Bishara, une chercheuse

Plus de 145 000 familles syriennes dirigées par des femmes se réfugient en Egypte, au Liban, en Irak et en Jordanie, selon le Haut Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés. Les femmes constituent près de 51 pour cent des réfugiés et des personnes déplacées dans le monde entier.

L'insécurité et la peur ne touchent pas seulement la vie des femmes réfugiées, mais aussi celle de leurs enfants-qui représentent 52 pour cent des réfugiés syriens au Liban et sont souvent contraints de travailler à un jeune âge pour aider à subvenir aux besoins de leurs familles.

 “Il est honteux que ces femmes, qui ont fui la guerre, se sentent toujours en insécurité dans les pays d'accueil qui sont censés être un refuge sûr pour elles”, dit Bishara. “Les donateurs et les organisations pour réfugiés doivent travailler avec le gouvernement libanais pour que les femmes réfugiées puissent mener une vie sûre plus facilement et sans danger .”

L’Observatoire Euro-Med appelle les autorités libanaises à intensifier leurs efforts pour dénoncer et poursuivre les réseaux de trafic, et pour protéger et promouvoir les droits des réfugiés. Le gouvernement libanais doit également mettre un terme à l'imposition de frais pour recevoir un permis de séjour, ce que la majorité des réfugiés ne peut se permettre, et donc les décourage à signaler des abus.