Genève – Sanaa – Les cas d’enlèvements et de torture manifestes aux mains des milices houthies et des groupes fidèles au président déchu Ali Abdallah Saleh atteignent des niveaux alarmants depuis juillet 2014, révèle un rapport réalisé conjointement par l’Obervatoire Euro-Méditérannéen pour les droits de l’Homme, Euro-Med, et l’Alliance yéménite pour les droits de l’Homme et la paix, Winds, une alliance regroupant une centaine d’organisations et d’acteurs humanitaires yéménites.

Les organisations ont relevé 7 049 cas d’enlèvement commis par les forces houthies et les groupes restés fidèles à l’ancien président Saleh entre juillet 2014 et octobre 2015, dont 1 910 cas de disparition forcée. 2 478 personnes demeurent encore disparues jusqu’à ce jour.

   La plupart des personnes enlevées sont des personnalités publiques, des opposants, des members du parti Al Islah, des défenseurs des droits de l’Homme ou des journalistes   

 

Les enlèvements se sont produits dans 17 gouvernorats différents avec une majorité de cas, soit 1255, relevés dans la capitale. Près de 1000 enlèvements ont été commis en mars cette année, soit une semaine après que la coalition menée par l’Arabie Saoudite ait déclaré la guerre aux « supporteurs du coup d’état ».

« Ce rapport se base sur des preuves statistiques solides et précises ainsi que des témoignages de victimes et de leurs famille entre autres » explique Ihsan Adel, conseiller juridique d’Euro-Med. « La publication du rapport intervient au moment même où des négociations sont menées à Genève entre les différentes parties. Espérons que ces pourparlers mettront fin à ces atrocités de manière  permanente et non seulement temporaire tel que l’ont promis les deux parties concernées dans le cadre de la trève signée pour une semaine »

Le rapport, intitulé “Le cauchemard yéménite : enlèvements et disparitions”, expose les cas de 263 enfants enlevés  par les milices houthies ou fidèles à l’ancien président Saleh. Certains enfants ont été forcés de combattre aux côtés de leurs ravisseurs ou ont été utilisés pour faire pression sur leurs parents soit pour qu’ils cessent leur activités soit pour qu’ils rejoignent leur camp.

La plupart des personnes enlevées sont des personnalités publiques, des opposants, des members du parti Al Islah, des défenseurs des droits de l’Homme ou des journalistes. 65 % d’entre elles étaient des diplômés ou des étudiants, dont 12 professeurs et 140 journalistes. Euro-Med et l’Alliance yéménite concluent que les forces houthies utilisent les enlèvements comme un moyen pour forcer les familles à payer une rançon contre la libération de leur proche ou des informations sur leur sort.

   Certains enfants ont été forcés de combattre aux côtés de leurs ravisseurs ou ont été utilisés pour faire pression sur leurs parents soit pour qu’ils cessent leur activités soit pour qu’ils rejoignent leur camp.   

 

23 personnes ont disparu pendant une période allant de trois à dix mois. De plus, 1077 cas de torture ont été rapportés, avec des violences physiques, des électrocutions, des brûlures à la cigarette et des expositions à l’eau brûlante. Quatres personnes sont mortes sous la torture et trois autres sont décédées juste après leur libération.

La majorité des victimes ont été enlevées depuis leur maison, leur travail ou dans des barrages. Elles ont été internées dans des prisons ou des centres d’interrogation contôlés par les milices ou dans d’autres lieux utilisés comme des prisons. Le rapport documente au moins six cas dans lesquels les victimes ont été utilisées comme boucliers humains. Ainsi, dans la ville de Dhamar, certaines victimes ont été placées par force sur des sites militaires pour empêcher les forces de la coalition de les prendre pour cible. 12 personnes sont mortes dans ces circonstances. Le rapport appelle les membres de la coalition à prendre en considération cette pratique des boucliers humains et à ne pas viser des lieux où se trouvent des civils.

 

Pour obtenir plus d’informations, merci de contacter :

- Ihsan Adel, Observatoire Euro-Mediterranéen pour les droits de l’Homme : +44 757 848 88 55

- Ahmed Ali Alzubairy, Alliance yéménite pour les droits de l’Homme: +967 771 052 008